Guide complet : comment décontaminer vos pessaires test

Guide complet : comment décontaminer vos pessaires test

Nous avons décidé de nous attaquer aujourd’hui à l’une des questions que vous nous posez le plus : Comment décontaminer les pessaires test ?

Certes, prescrire un pessaire nécessite de passer par des consultations d’essais de pessaires, avec des pessaires test. Mais cette méthode pose un défi “logistique” non négligeable dans votre pratique : celui de réutiliser un même dispositif pour plusieurs patientes, sans leur faire courir de risque de contamination croisée, et sans vous faire courir de risque médico-légal.

Les dispositifs médicaux sont classés par catégorie, avec un niveau de décontamination requis associé, en fonction de ce avec quoi ils sont en contact : sang, tissus stériles, muqueuses, peau (intacte ou non intacte).

Les pessaires étant en contact avec la muqueuse vaginale, ils sont considérés comme dispositifs semi-critiques. Cela implique un niveau de décontamination élevé et rigoureux, notamment à cause du HPV.

Pourquoi décontaminer les pessaires test ?

Un simple nettoyage, même consciencieux, ne suffit pas : le savon ne tue pas tous les micro-organismes et ce n’est pas parce que les pessaires sont débarrassés des souillures qu’ils sont débarrassés de tous les agents pathogènes.

Lorsque vous utilisez un pessaire test chez une patiente, bactéries, virus (dont HPV), champignons ou encore levures peuvent s’y fixer lors du contact avec la muqueuse vulvo-vaginale. Malgré nettoyage, ces micro-organismes peuvent persister et former un biofilm s’ils ne sont pas correctement éliminés, et se retrouver dans le vagin de la prochaine patiente.

Un protocole de décontamination inadapté des pessaires test entraîne donc un risque : 

  • Pour la sécurité de vos patientes (évidemment)
  • Pour votre propre sécurité si une patiente décide de rechercher votre responsabilité médico-légale et que vous ne pouvez pas démontrer que vous suivez une procédure adéquate
Pessaire test

Dois-je réaliser une procédure de décontamination complète même si je mets le pessaire dans une gaine ?

Il est très important d’avoir à l’esprit que l’utilisation d’une gaine ne garantit pas une protection totale. Selon les recommandations de la Society for Maternal-Fetal Medicine (SMFM), certaines gaines échographiques disponibles sur le marché présentent des taux de fuite allant de 8 % à 81 % et ne peuvent donc être considérées comme une barrière réellement efficace contre la transmission d’infections, en particulier virales. Les préservatifs sont également soumis à un risque de rupture, qui passe parfois inaperçue. Ceci renforce d’autant plus la nécessité de procéder à une désinfection systématique des pessaires test après chaque utilisation, y compris lorsqu’une gaine a été employée.

Pourquoi est-il important de faire particulièrement attention au HPV ?

Dans le cadre de l’utilisation de pessaires test, les HPV constituent un enjeu spécifique.

D’abord parce qu’ils sont présents chez de nombreuses patientes (on estime que 80 % des femmes sexuellement actives seront exposées au HPV au cours de leur vie, avec une prévalence particulièrement élevée chez les femmes jeunes).

Ensuite parce que, parmi les agents pathogènes susceptibles de contaminer vos patientes par pessaire interposé, les HPV sont parmi les plus fâcheux, avec des implications potentiellement sérieuses (cancers du col & co).

Ensuite à cause de leur résistance accrue à la plupart des produits désinfectants, de leur capacité à persister sur les surfaces et de la diversité des génotypes, qui impliquent d’utiliser des procédés de désinfection de haut niveau ayant démontré une efficacité sur ce type de virus (appelés “non enveloppés”).

Stérilisation vs Désinfection

On utilise souvent les termes “désinfection” ou “stérilisation” de manière interchangeable. Or, il s’agit de deux choses bien distinctes. Si on devait résumer la différence entre quelques mots : la stérilisation est un processus plus rigoureux et plus efficace que la désinfection.

La stérilisation

La stérilisation correspond à l’élimination complète de tous les micro-organismes, y compris les formes les plus résistantes comme les spores bactériennes. En pratique, elle vise un niveau d’assurance de stérilité (SAL) de 10⁻⁶, soit une probabilité inférieure à 1 sur 1 million qu’un micro-organisme viable persiste.

L’autoclave à vapeur d’eau saturée est la méthode de référence : les autoclaves de classe B permettent une pénétration efficace de la vapeur, y compris dans les dispositifs creux, poreux ou à géométrie complexe, ce qui est essentiel pour certains types de pessaires. Lorsqu’elle est accessible, la stérilisation reste la méthode la plus sûre. 

⚠️ Attention cependant, les pessaires Donut ne peuvent pas être mis à l’autoclave car ils sont remplis d’air et pourraient être déformés par la procédure.

Les “stérilisateurs” de type Poupinel ne sont pas efficaces car ils fonctionnent avec de la chaleur sèche, qui pénètre mal les matériaux, nécessite des temps d’exposition très longs et ne garantit pas une stérilisation fiable, en particulier pour les dispositifs à géométrie complexe ou en silicone. Il en va de même pour les stérilisateurs à UV dont l’action est limitée car les UV ne pénètrent pas les surfaces non directement exposées et pour les stérilisateurs à biberons dont la vapeur (sa température, sa pression, ses cycles) ne peut pas être contrôlée. 

💡À retenir : seul un autoclave de classe B permet une stérilisation réelle et fiable des dispositifs médicaux.

La désinfection

La désinfection, quant à elle, vise une réduction majeure de la charge microbienne sans garantir l’élimination totale de tous les agents pathogènes. Une désinfection de haut niveau permet généralement une réduction de ≥ 6 log (soit 99,9999 % des micro-organismes), incluant bactéries, mycobactéries, champignons et virus, mais peut être moins efficace sur certaines formes très résistantes comme les spores ou certains virus non enveloppés.

La désinfection peut être moins efficace que la stérilisation principalement en raison du risque d’erreur humaine.

Quelle méthode choisir pour la décontamination des pessaires test ?

La stérilisation à l’autoclave est recommandée par la SF2H lorsqu’elle est possible (cycle prion plateau 18min à 134°C).

Si vous exercez en libéral et ne pouvez pas investir dans un autoclave, et si vous avez la chance de travailler dans un centre médical ou une MSP, peut-être pouvez-vous “squatter” celui du gynécologue, du dentiste, du podologue ? 🤓

S’il est impossible d’utiliser un autoclave, la procédure de désinfection par trempage est notamment recommandée pour les pessaires à surface complexe et perforés, en particulier les pessaires Gellhorn.

Il faut d’abord s’assurer que les produits de trempage soient compatibles avec le silicone, ensuite bien respecter les dilutions et les temps de trempage.

Enfin, il est possible d’utiliser une procédure d’essuyage avec des lingettes pour les pessaires à surface simple, comme les Anneaux, les Dish ou bols, les Donuts, les Cups, et les Cubes à condition de s’assurer que les produits passent bien dans les orifices.  

Cette méthode est particulièrement simple mais nécessite une attention particulière : il est essentiel de s’assurer que le produit est appliqué de manière homogène sur l’ensemble du pessaire, y compris dans les zones moins accessibles (orifices, aspérités), afin de garantir une efficacité optimale.

Certains produits de désinfection de haut niveau, comme Tristel Duo ULT, ont démontré une efficacité sur des micro-organismes résistants, y compris des virus non enveloppés comme les HPV.

Le choix de la méthode de décontamination dépend de multiples facteurs portant certes sur l’efficacité et le coût, mais aussi sur votre organisation au cabinet, la façon dont vous gérez les consultations pessaires, le type de patientes que vous avez en face de vous…

Savantes vous a concocté un petit tableau récapitulatif pour vous aider à tenir compte de tous ces paramètres 🤓

Quelle que soit la procédure que vous choisissez d’utiliser, le respect strict des conditions d’utilisation données par les recommandations officielles et par les fabricants des produits de désinfection (étape de pré-désinfection, temps de contact, compatibilité avec le silicone, séchage…) est indispensable pour garantir le niveau de décontamination attendu.

Gaine de protection or not gaine de protection ?

L’éternelle question est : dois-je mettre le pessaire test dans une gaine de protection pour les essais, ou pas ? La réponse est nuancée, et dépend essentiellement de la méthode de décontamination utilisée.

Pourquoi utiliser une gaine de protection ?

Le fait de mettre le pessaire dans une gaine permet d’ajouter une barrière de protection mécanique à la barrière de protection chimique. Son rôle est donc de compenser la potentielle efficacité moindre d’une solution de désinfection versus la stérilisation, en empêchant le contact avec d’éventuels micro-organismes qui n’auraient pas été détruits par la procédure.

Quelles gaines pour les pessaires test ?

Problème : il n’existe pas actuellement de gaine spécifiquement conçue pour l’utilisation des pessaires test. Les professionnels de santé utilisent généralement des protège-sondes, des préservatifs, voire des gants d’examen.

La difficulté de ces gaines est que cela peut fausser en partie les essais réalisés avec les patientes : par exemple un pessaire Cube ventousera moins les parois vaginales, un Anneau grande taille pourra se retrouver compressé, le retrait du pessaire sera plus facile pour la patiente qui n’aura qu’à tirer sur le préservatif…

Les gaines les plus intéressantes à utiliser et qui impactent le moins la forme et les propriétés des pessaires test sont : 

  • Les préservatifs masculins XXL (suffisants pour la plupart des pessaires)
  • Les préservatifs féminins (qui reviennent plus cher, mais qu’il est utile d’avoir pour des pessaires de très grande taille ou des Cubes)

Dans quels cas est-il nécessaire d’utiliser une gaine avec les pessaires test ?

Dans le cas où une stérilisation à l’autoclave est effectuée, il n’est pas nécessaire d’utiliser une gaine de protection, car la destruction des micro-organismes est optimale.

Dans le cas où une désinfection à froid est effectuée, cela dépend à la fois du niveau de désinfection, de la méthode de désinfection, et du type de pessaire.

La SF2H quant à elle recommande l’utilisation d’une gaine quel que soit le niveau de désinfection à froid utilisé, en particulier si une méthode par essuyage est utilisée à cause du risque d’erreur humaine.

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